| APMEP | Introduction au calcul littéral. |
- 27 juin 2011 -
Voici deux énoncés posés à deux classes de Sixième début octobre :
Le professeur annonçait qu’il s’agissait d’un « mini défi », pas noté, anonyme. Les
élèves disposaient d’une feuille format A5 sur laquelle était noté l’énoncé du
problème.
Cette feuille servait de support de recherche et de réponse. Il était demandé aux élèves
d’expliquer comment ils arrivaient au résultat, et il leur était précisé de laisser toutes
les traces de leurs recherches, essais, …, donc gommer était interdit !
Les élèves travaillaient à leur rythme sur un travail de correction personnel. Une fois
ce travail terminé, ils le présentaient au professeur qui distribuait alors la fiche
« mini-défi ». Chaque élève l’a donc commencé à un moment différent. Au bout de
10 minutes environ, les élèves ramenaient leur solution.
Énoncé 1 posé à la classe A (27 élèves) :
Un rectangle a pour périmètre 30 cm. Sa longueur est le double de sa
largeur. Quelles sont ses dimensions ?
Énoncé 2 posé à la classe B (29 élèves) :
Je suis un rectangle. Mon périmètre est de 80 cm. Ma longueur mesure
20 cm de plus que ma largeur. Combien mesure ma largeur ? ma
longueur ?
Analyse a priori de la tâche :
Chacun des deux problèmes peut se résoudre par une équation. Celles-ci sont bien
entendu hors programme de Sixième.
Le premier énoncé pourrait éventuellement donner naissance à une égalité de la
forme : 6 × largeur = périmètre.
Quelles sont les tâches de l’élève :
Énoncé 1 :
| Énoncé 1 : | Énoncé 2 : |
| - Associer le mot « périmètre » à la mesure d’un contour | - Associer le mot « périmètre » à la mesure d’un contour |
| –Associer par une opération les deux grandeurs longueur et largeur : « sa longueur est le double de sa largeur » : largeur × 2 = longueur. | –Associer par une opération « ma longueur mesure 20 cm de plus que ma largeur ». | – Se représenter un rectangle. | – Se représenter un rectangle. | – Mettre en relation deux grandeurs pour
obtenir une égalité non triviale : 6 × largeur = périmètre. |
– Mettre en relation deux grandeurs pour
obtenir une égalité non triviale : 4 largeurs + 2 × 20 cm = périmètre. |
Quelles procédures trouve-t-on chez les élèves ?
L’élève peut procéder par tâtonnements et essais successifs. À noter toutefois, que le
premier rectangle peut être tracé sur une feuille A5 sans problème, celui du deuxième
énoncé tout juste (il occupe quasiment tout l’espace disponible).
Énoncé 1 :
Énoncé 2 :
Les élèves ont tous procédé par essais-erreurs-rectifications pour répondre, seuls deux
élèves ont tracé le rectangle (difficile dans l’espace dont ils disposaient).
16 élèves trouvent la bonne réponse et répondent que « Ma largeur est de 10 cm et
ma longueur est de 30 cm », ou que « Ta largeur est de 10 cm et ta longueur est de
30 cm ».
11 ne prennent pas en compte la donnée du périmètre.
- 2 passent par le demi-périmètre et proposent 15 et 35 ou 15 et 25.
Qu’en conclure ?
Que le recours à la représentation mentale du rectangle et de la visualisation de ses
propriétés (côtés opposés égaux), et celle de la notion de périmètre (voir, anticiper le
contour à mesurer) permet au premier problème de géométrie, comme à bien d’autres
de prendre forme. En quatrième, par exemple, on attend d’un élève qu’il visualise le
rectangle avec ses côtés opposés égaux, ses diagonales, son cercle circonscrit, …
Si on prend le temps de solliciter le dessin, il deviendra instinctif, un outil disponible
et pas un handicap comme cela semble le cas pour les élèves en difficulté : ceux-là
mêmes qui ne se sont pas lancés dans le dessin du rectangle dans l’exercice 1.
Retournons à nos rectangles, l’objectif serait d’arriver avec les élèves à de telles
représentations :

Les résolutions possibles sont alors pour l’élève :
| Utiliser le fait que le périmètre du rectangle
vaut 30 cm et « compte » 6 largeurs ou se
calcule en multipliant la largeur par 6. Détermination de la largeur soit par opération à trou, soit par division. |
Pour obtenir la valeur de la largeur, retirer 2 fois 20 cm au périmètre. Le reste vaut 4 fois la largeur. L’élève peut déterminer par division ou opération à trou la valeur de la largeur. |
L’écriture des équations viendra en Cinquième.
On peut lire en tout début du document d’accompagnement intitulé « Du numérique
au littéral » (mise à jour de février 2008) :
Un des objectifs de l’enseignement mathématique au collège est que le calcul littéral
prenne place dans les moyens d’expression et de résolution de problèmes disponibles
pour les élèves au côté du calcul numérique, des figures, des représentations
graphiques. Dans cette optique, il s’agit d’installer progressivement l’habitude de
recourir au calcul littéral, le programme s’organisant autour de quelques lignes
directrices :
en 6e et 5e, initiation à l’usage des lettres, dans des situations où leur utilité
peut être reconnue par les élèves, notamment au travers de l’élaboration et
l’utilisation de formules ;
en 4e et 3e, initiation à la résolution de problèmes par des méthodes
algébriques liées souvent à l’utilisation de fonctions.
Au sortir du cycle 3, les élèves ont, en effet, rencontré des lettres en mathématiques
et les utilisent :
comme symbole d’unités : 3 m,
pour désigner un objet précis : le point A,
pour désigner une grandeur dans une formule : P = (L + l) × 2.
Lorsqu’on les interroge sur cette dernière formule qu’ils brandissent avec fierté au premier « périmètre » venu, à condition que l’on demande un calcul de périmètre, car dans l’expérimentation précédente elle n’est apparue sur aucune fiche réponse, ils répondent que P est la première lettre du mot Périmètre, L, celle du mot longueur, et l celle du mot largeur et précisent alors « ça veut dire que, pour calculer le périmètre d’un rectangle, j’ajoute la longueur et la largeur, et je multiplie par deux. »
La route est longue et semée d’embûches pour le collégien : cette bonne vieille lettre va leur jouer bien des tours ; tour à tour variable, indéterminée, inconnue, paramètre, statuts bien différents pour nous, professeurs, mais pas tant que ça pour eux, élèves !
En quatrième, par exemple, la démonstration de l’égalité
est
soigneusement faite. Combien d’élèves perd-on ce jour-là ? Pourquoi « démontrer » ?
Combien, au fond d’eux ne songent pas que c’est (encore ?) une lubie du prof de math
qu’ils ont devant eux ? une démonstration qui nous vaut à la prochaine réunion
parents-professeurs l’incontournable « ah ! moi les équations j’ai jamais compris… ».
Je l’ai dit, la route est longue !
Alors que faire en Sixième et Cinquième ?
C’est le début de la scolarité du collège, les bases continuent à se mettre en place, et
c’est l’occasion de commencer à formaliser certaines notions, d’apporter du neuf pour
s’exprimer, expliquer, justifier.

On pourrait peut-être demander aux élèves de ce qu’ils pensent des lettres. Faire
émerger alors l’idée qu’il est plus simple de désigner un objet ou son emplacement
par une lettre plutôt que par une description « le premier … en partant de la gauche ».
Difficile ici de formaliser la construction : à la n-ème étape on rajoute n petits carrés
aux n(n − 1)/2 déjà présents, mais amorcer l’idée
Cotés feuilles de réponses, on peut relever ....
La route est longue, très longue. 

